L'origine d' Andira
Autrefois, la chauve-souris Andira était indigène, comme tous les autres animaux. Andira était une jolie jeune femme chauve-souris.
Elle savait s'attacher les hommes mais ne les gardait pas longtemps. Andira disait que ses compagnons mouraient sans qu'elle sache pourquoi. C'était pourtant elle qui les égorgeait et qui s'en repaissait car c'était une buveuse de sang.
Elle suçait tout le sang de ses compagnons morts, puis elle les enveloppait dans leurs hamacs pour que personne ne se rende compte de rien et ne sache qui les avait fait disparaître.
Elle agissait de nuit pour ne pas être vue. Lorsque les corps n'étaient plus bons qu'à être enterrés, elle prévenait les frères et la famille de l'homme qu'elle venait de tuer. Andira pleurait en annonçant la mort de son mari à ses proches, se plaignant de toujours perdre ses époux... Elle les enterrait donc et comme le veut la coutume, tous les Anciens partaient s'installer ailleurs après l'enterrement.
Mais la femme chauve-souris restait là, à attendre pendant plusieurs jours à côté de la sépulture. Puis elle reprenait le corps et le faisait bouillir pour le manger .
Plus tard, un autre chango venait rejoindre Andira...
L'un de ces chango était une petite mouche appelée Mberu Comme Mberu était aussi fait de chair, il plut à la femme chauve souris. Ils se marièrent donc à la manière des indigènes, et, lorsque les invités furent partis, ils restèrent seuls. Ils vivaient loin du village.
Mberu et Andira bavardèrent ensemble ; la femme chauve-souris avait préparé un bon ragoût et lorsque Mberu voulut goûter la viande, Andira ne mit dans son plat que les restes qu'elle n'avait pas pris pour elle.
Elle mangea les meilleurs morceaux et quand Mberu s'aperçut qu'il avait moins de bonne viande qu'elle dans son plat, il se fâcha. Ils se disputèrent et Andira essaya de lui couper le cou, mais elle n'y arriva pas.
Mberu réussit à s'échapper et courut vite rejoindre les invités qui venaient de partir pour leur raconter tout ce que lui avait fait sa femme. De son côté, la femme chauve souris courut à la poursuite de Mberu pour essayer de le rattraper.
Tous deux arrivèrent presqu'en même temps à l'endroit où se trouvaient les autres indigènes, mais la petite mouche avait déjà commencé à raconter que la femme chauve souris coupait le cou à ses maris et qu'après avoir sucé le sang des morts, elle annonçait la nouvelle de leur décès et les enterrait.
Les indigènes se mirent à réfléchir au moyen de tuer Andira.
Pendant qu'ils en discutaient, arriva Kakhara, qui est très intelligent. Les Anciens Tapiete disent que Kakhara a toujours été très intelligent.
En fin de compte, Khakara décida d'épouser Andira, mais il prit d'abord la précaution de se placer des tiges de canne tressées dans la gorge en guise de protection.
On disait que les maris de la femme chauve souris ne duraient que deux nuits environ.
Khakara se coucha près d'elle pour dormir et fit semblant de ronfler ; la femme chauve souris s'approcha de lui pour essayer de lui mordre le cou, mais elle n'y arriva pas, car il était bourré de tiges de canne creuses. Sentant qu'il allait être mordu, Kakhara bougea, se réveilla et ne se rendormit plus de la nuit. Il se leva avec le jour, attrapa son porongo pour en jouer et chanter.
Chaque jour, Kakhara se demandait de quelle manière il pourrait bien tuer la chauve souris. Il partit à la campagne et attrapa deux hualacatos .
Kakhara raconta par la suite qu'il s'était fait une entaille à la cheville pour laisser son sang s'écouler et remplir la panse des hualacatos, qu'il fit rôtir ainsi. Puis il les apporta à la femme chauve souris pour qu'elle en mange.
Le grand perroquet Ayuru, qu'on trouve dans nos contrées, ainsi qu'Anumbi et le rococo étaient les sœurs de Kakhara.
Kakhara leur avait appris à ne pas l'écouter lorsqu'il leur demandait de l'eau. Ses sœurs ne l'écoutèrent donc pas lorsqu'il leur en demanda, se tenant aux côtés de sa femme chauve-souris. Cette dernière se fâcha contre ses belles-sœurs et finit par prendre elle-même la cruche pour aller chercher de l'eau.
Elle avait très chaud quand elle partait chercher de l'eau. Kakhara suivait sa femme, qui emportait toujours des couteaux dans sa llica pour couper des cous.
Un jour de grande chaleur, Andira y retourna. Elle avait si chaud qu'elle enleva sa llica et l'accrocha à une branche de chardon avant d'aller boire de l'eau et se baigner.
Kakhara en profita pour mettre le feu aux chardons. Andira se rendit compte de ce qui se passait : elle sortit de l'eau en criant mais ne put s'approcher de ses couteaux qui brûlaient au milieu du feu. Kakhara lui dit alors : « Viens ici, tu peux attraper ta llica par ce côté-là ! »
La femme chauve souris courut à l'endroit que lui montrait Kakhara et celui-ci la poussa aussitôt dans le feu. Elle se mit à crier et pendant que son corps brûlait, il en sortit des milliers de ces petites chauve souris que nous voyons encore aujourd'hui et qui ne sortent que la nuit.
Kakhara n'en laissa échapper aucune, les faisant tomber dans le feu à l'aide de branches.
Une seule petite chauve souris le supplia de ne pas la tuer, disant :
« Laisse-moi vivre, je ne ferai pas comme ma maman, je ne mordrai que les petites animaux et je ne lècherai que leur sang, c'est tout ! ».
Kakhara eut pitié de la petite chauve souris et la laissa partir.
Cette petite chauve souris est l'Andira, ce petit vampire qui, de nos jours, ne se nourrit plus que du sang provenant de l'échine du cheval et du bétail. Il y en a beaucoup près des fleuves.
Ainsi se termine le conte.